Vous êtes dans : Accueil > Cadre de vie > Histoire & Patrimoine > Le Pays de langue d'Oc

Le Pays de langue d'Oc

  • François 1er avait ordonné, en 1539, par l'Edit de VILLERS - COTTERETS (1) , la rédaction en français des jugements et actes notariés et la tenue régulière, par les Curés, des registres de naissances et de décès.
  • La langue d'oïl était devenue le français et prévalait sur la langue d'oc parlée et écrite dans tout le midi de la France au dessous d'une ligne qui partait de l'estuaire de la Gironde, remontait au nord pour englober le Limousin et l'Auvergne et descendait ensuite au dessus de Briançon jusqu'à la frontière Italienne. Les textes étaient rédigés en latin ou en occitan, certains mi latin, mi occitan, ou même en gascon puisque ce dialecte, parlé à l'ouest de la Garonne était, avec le Provençal, l'un des dérivés de l'occitan.Si l'Edit de Villers Cotterêts bouleversait les habitudes des magistrats en leur imposant le français de l'époque, il ne changea rien au langage quotidien. L'origine de certains de nos lieux dits reste donc obscure, puisque leur recherche nécessitait la connaissance des langues anciennes pour de longues investigations dans les minutes notariales antérieures au XVIe siècle.
  • Langue d'oc et langue d'oïl ont cependant une même origine. Lors de l'occupation de la Gaule par les Romains, les deux langues se mélangèrent et formèrent un dialecte appelé "langue romane". Mais cette langue subit des modifications selon les régions où elle avait pris naissance. Bernadau, dans son "Histoire de Bordeaux" (2), nous cite l'exemple d'une phrase : "Mon ami, je veux pêcher des grenouilles, donne-moi des hameçons" . Le latin dit :"Amici, volo piscari ranas, da mihi hamos" et le gascon traduit : "Amic, boly pescar ranas, da me hams" . Ce gascon fut parlé et écrit en pays bordelais du XIIIe au XVe siècle.  Avec l'instruction obligatoire - à partir de 1882 - le français se généralisa dans les écoles ; mais les enfants parlant le patois entre eux et chez eux, la diffusion de la langue rencontrait quelques difficultés, d'autant plus que la scolarisation était courte car il fallait travailler. Alors, la discipline se resserra et des Ambésiens se rappellent qu'à l'école, au début de ce siècle, le maître ou la maîtresse leur tapait sur le bout des doigts avec une règle s'ils étaient surpris à parler le patois ; avec le temps, tout un pan de la culture régionale s'est écroulé, celle-ci n'étant plus transmise.
  • Au sujet du confluent des deux fleuves qui forment l'estuaire de la Gironde, une histoire charmante nous fut lue autrefois à l'école par notre institutrice ; inutile de préciser qu'elle ne figurait pas dans les manuels de géographie :

Deux dames voyageaient et rêvaient de voir l'Océan : l'espiègle Garonne descendant des Pyrénées et la calme Dordogne venant des monts d'Auvergne. Traversant villes et villages, collines et plaines, elles se rencontrèrent à Ambès.
 L'une interrogea : " Où allez-vous, ma chère ?" Et l'autre de répondre :
 - "Je vais vers l'Océan !"
 - "Moi aussi !"
 Alors dame Dordogne, humant déjà l'air de la Saintonge, dit avec une pointe d'accent : "Alors, j'irons deux !" (GI.RON.DE)

Quant à nous, si nous avons perdu le parler de Gascogne, nous en avons du moins conservé l'accent et nous pouvons faire nôtres ces phrases d'un poète :

Emporter de chez soi les accents familiers
 C' est emporter un peu sa terre à ses souliers. [...]
 C' est un peu, cet accent, invisible bagage,
 Le parler de chez soi qu'on emporte en voyage.

(1) Villers-Cotterêts : dans le département de l'Aisne
 (2) Histoire de Bordeaux, pages 522 et 523